Monsieur Chaminade est contré dans son rêve de régénérer la France. Napoléon supprime la Congrégation de Bordeaux.

 

Une année à peine s’était écoulée qu’une nouvelle catastrophe s’abattit sur le rêve de Chaminade. En 1809, en effet, un décret personnel de Napoléon supprima la Congrégation de Bordeaux. Grâce au travail de sa police secrète. Napoléon était informé des tentatives des monarchistes de ramener les Bourbons sur le trône de France. À cause des conflits entre Napoléon et le pape et de l’emprisonnement de ce dernier, de nombreux catholiques menèrent une campagne animée contre Napoléon. Il y avait des monarchistes et des catholiques loyalistes parmi les membres de divers groupements religieux, en particulier de la Congrégation de Paris. Napoléon ne tarda pas à supprimer toutes les Congrégations, coupables, au minimum, de compter dans leurs rangs des opposantes recherchés par la police.

 

Cinq années durant, la Congrégation de la Madeleine dut donc demeurer dans la clandestinité, mais elle poursuivait ses activités autant que cette situation le lui permettait. Le père Chaminade continua son ministère d’administrateur de la Madeleine et de directeur spirituel de nombreux groupes de la Congrégation. Il continua également, avec prudence, à écrire à Adèle, évitant d’attirer l’attention sur son association, que les décrets de Napoléon n’avaient pas encore frappée.

 

Pendant cette suppression officielle, certains congréganistes de Bordeaux, ainsi que certains membres de l’association d’Adèle, décidèrent de vivre explicitement selon les conseils évangéliques de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, traditionnellement liés à la vie religieuse. Certains prononcèrent des vœux privés pour expliciter cet engagement.

 

La Congrégation vit donc se développer en elle trois courants, selon trois types différents de consécration de ses membres: les congréganistes «ordinaires», les congréganistes engagés par des vœux privés de religion. Le père Chaminade encouragea cette évolution, avec prudence cependant, pour éviter tout zèle excessif comme aussi toute publicité indiscrète. S’il n’y faisait pas attention, la police secrète de Napoléon ne manquerait certainement pas de considérer tout ce bouillonnement comme suspect. Un de ses agents n’avait-il pas infiltré la Congrégation quelques années auparavant?

 

La chute de Napoléon en 1814, le retour du pape à Rome la même année, et la Restauration de la monarchie en 1815 ouvraient de nouvelles perspectives au père Chaminande, toujours désireux de réaliser sa vision. La Congrégation refit surface, grandit en nombre et en ferveur et poursuivit son œuvre de rechristianisation. Parallèlement, divers membres, des jeunes des deux mouvements – l’association d’Adèle (désormais reconnue comme la troisième division de la Congrégation féminine) et la Congrégation de Bordeaux – réclamaient ouvertement la reconnaissance, sous une forme à définir, de la vie religieuse communautaire.

 

Tous les ordres monastiques de France avaient été dispersés par la Révolution et leurs propriétés confisquées. Cependant, beaucoup d’entre eux réussirent à se reconstituer. Entre 1800 et 1815 apparurent en même temps des centaines de nouvelles associations, de nouveaux instituts religieux, voués à la prière, à l’apostolat en milieu hospitalier ou dans les orphelinats, à l’enseignement (particulièrement de la religion), dans des écoles de toutes sortes. Dans bien des cas, la vie des membres était codifiée par une règle adoptée par tous; d’autres menaient la vie commune. Beaucoup de fondations religieuses nouvelles surgirent de troupes de laïcs préoccupés par les besoins immédiats des gens.