Un Institut missionnaire est né pour régénérer la France. L’école se révèle comme un moyen providentiel et privilégié.

 

Bien qu’aucun des deux Instituts marianistes n’ait été fondé pour répondre à un besoin particulier, il se fit que les deux se trouvèrent très tôt engagés dans le monde scolaire. Le système éducatif français avait été ruiné par la Révolution, surtout parce qu’auparavant la plupart des écoles avaient été tenues par des ordres religieux supprimés ou disparus dans la tourmente.

 

Les écoles qui ont fonctionné durant la Révolution étaient dirigées par des éducateurs anti-cléricaux ou athées. Bien que la situation ait été moins tendue sous Napoléon, les tentatives du gouvernement pour prendre le contrôle des écoles furent souvent le fait d’éléments anticléricaux et antipapistes. Par ailleurs, le gouvernement voyait dans les écoles moins des lieux d’éducation servant à la promotion de citoyens que des moyens de propagande. Chaminade aussi voyait l’école comme un instrument de propagande – mais en l’occurrence, de l’annonce de l’Évangile du Royaume de Dieu. Il écrit au pape Grégoire XVI, en septembre 1838, pour demander l’approbation des constitutions et lui explique ce qu’il avait fait jusque là:

J’ai cru devant Dieu, qu’il fallait fonder deux Ordres nouveaux, l’un de vierges et l’autre de jeunes gens qui, tout en prouvant au monde par le fait de leurs bons exemples, que le christianisme n’est pas une institution vieillie et que l’Évangile est encore praticable aujourd’hui comme il y a 1800 ans, disputassent à la propagande, cachée sous ses mille et une couleurs, le terrain des écols, en ouvrant des classes de tout degré et de tout objet, spécialement à la classe du peuple, la plus nombreuse et la plus délaissée.

 

Beaucoup de nouvelles congrégations, y compris celles du père Chaminade, se trouvaient devant un défi très clair: il fallait remédier au manque d’éducation religieuse et profane et se battre pour conquérir les esprits et les cœurs des générations montantes. C’est pourquoi les deux branches de l’Institut engagèrent le plus gros de leurs forces, cependant sans grands moyens dans la direction et le développement des écoles, primaires et secondaires. De ce fait la Société de Marie se répandit rapidement dans beaucoup de petites villes du sud-ouest et l’est de la France.

 

Dans cette dernière région, l’établissement de Saint-Remy devint un centre de rayonnement pour de multiples œuvres: il y avait là une communauté religieuse d’allure quasi monastique, une ferme, un pensionnat et un externat. Fondé en 1823 Saint-Remy attira assez rapidement des enseignants de tous les environs pour des sessions d’été pensées pour eux: combinant la retraite spirituelle et le recyclage pédagogique. Le père Chaminade réalisait bien les potentialités que cette institution offrait : la formation des instituteurs de toutes les écoles secondaires de France. Quel moyen merveilleux et rapide, pensait-il, pour réaliser son rêve! Avec ses collaborateurs, il cherchait à créer tout un réseau d’écoles normales au moment où l’État, de son côté, comprenait de quel instrument il pourrait ainsi disposer pour étendre son emprise sur la jeunesse.

 

En 1830, les communautés du père Chaminade avaient déjà créé ou repris en mains l’administration de beaucoup d’écoles élémentaires et de quelques écoles secondaires et avaient ouvert la première école normale officiellement reconnue. En même temps, entre 1815 et 1830, la Congrégation de la Madeleine continuait à prospérer; elle s’étendit à cinquante autres villes ou diocèses, vire plus. Le rêve du père Chaminade pour la rechristianisation de la France semblait sur le point d’aboutir.