Invité par les marianistes, je suis arrivé à Sion, chemin du Pellier 10, le jeudi 11 août en fin de matinée. Ce fut ma première visite en Suisse. Ce voyage a été conçu et vécu comme un hommage aux missionnaires partis de Suisse pour porter l’Evangile en cette terre du nord du Togo. C’est pourquoi je reste reconnaissant à l’évêque de Sion de m’avoir permis de présider la messe du 14 août 2016 dans sa cathédrale où avait eu lieu la messe d’envoi en mission des premiers frères suisses qui sont arrivés à Lama-Kara (aujourd’hui Kara) en 1958. Depuis cette date, jusqu’à nos jours, le soutien et l’accompagnement en ressources aussi bien humaines que financières et matérielles  à la mission de la Société de Marie au Togo n’ont jamais fait défaut. C’est pourquoi le premier sentiment et la première intention sont ceux de la reconnaissance envers ces missionnaires venus chez nous et d’action de grâce au Seigneur pour la Moisson dont la Providence fidèle surprend toujours en multipliant les deux poissons et les cinq pains de nos efforts pour nourrir la multitude de gens, hommes et femmes, enfants et jeunes, riches et pauvres, tous ensemble.

Durant cette semaine, j’ai pu visiter plusieurs lieux significatifs: Saint-Maurice, Martigny, Fribourg, Zurich. Cela m’a permis de découvrir un tout petit peu l’histoire de la Société de Marie. J’ai par la même occasion compris aussi l’histoire de la présence des marianistes au Togo et précisément à Kara. Aujourd’hui, il ne nous arrive plus de missionnaires suisses. Cependant, les graines de cette chaîne ininterrompue de missionnaires ont germé et porté du fruit. Le charisme de Monsieur Chaminade, nous pouvons le dire, s’est enraciné en terre togolaise. Car, les jeunes Togolais et Ivoiriens ont pris la relève et continuent d’écrire l’histoire de la SM.

 

Vendredi 12 août

En fin de matinée, j’eus la grâce de présider la messe à l’occasion de l’assemblée de la Communauté territoriale de Suisse. Ainsi, à travers l’eucharistie, sacrement de communion et de mission, j’ai communié aux réalités de la présence marianiste en Suisse aujourd’hui. Cette communauté territoriale est porteuse de cette longue histoire de la Société de Marie sur la terre de la Confédération helvétique.  A 15 heures, nous sommes partis pour Saint-Maurice. Ce fut le premier lieu que j’ai visité en compagnie du Fr. Ignace Pagnan, régional de la Société de Marie au Togo. Il faut dire qu’ensemble avec les frères Jean-Paul Federneder et Leo Müller, ils ont organisé mon séjour de sorte que, malgré sa brièveté, je puisse découvrir le plus de sites possibles. A Saint-Maurice, j’ai pu échanger avec les sœurs de Saint-Augustin et entrer dans l’intimité de l’abbaye de Saint-Maurice, témoin de l’histoire de l’Eglise en cette terre suisse. Depuis 15 siècles, l’abbaye de Saint-Maurice assure de façon continue la laus perennis. La visite guidée (audioguide) m’a mis en communion avec cette légion de soldats thébéens martyrisés. Communion oui, mais en même temps se fortifiait en moi, malgré mes faiblesses et mes peurs, le désir de lutter et de combattre pour Dieu et ses intérêts.

 

Samedi 13 août

Partis de Sion en compagnie des frères Jean-Paul et Ignace, nous avons visité la ville de Martigny où les frères ont écrit une des plus belles pages de leur histoire avec le collège Sainte-Marie. Même si aujourd’hui ils n’y sont plus, cette ville porte, incrustée dans son histoire, les traces de Dieu laissées par la Société de Marie. En effet, j’ai pu voir ce qui une fois avait été lieu d’évangélisation, de formation et d’éducation données par les frères à des jeunes filles et des garçons devenus adultes et occupant des postes de responsabilités dans la société. La halte au cimetière de la ville fut l’occasion de m’incliner sur les tombes de frères partis vers la maison du Père après avoir accompli leur course. Moment de prière et de recueillement pour que la graine tombée en terre continue de porter des fruits en abondance.

Après ces moments d’immersion dans l’histoire, nous sommes partis pour Fribourg où nous attendait le frère Jean-Guy Pannatier. A Fribourg, notre premier point de chute fut Regina Mundi, aujourd’hui propriété de l’Etat, mais autrefois propriété de la Société de Marie. Là, j’ai compris que l’histoire de nos œuvres est à l’image de celle du charisme dont sont porteurs nos Instituts de vie consacrée. Le repas de midi nous fut non seulement offert généreusement, mais aussi préparé par frère Jean-Guy. Une fois le corps rassasié, nous sommes partis visiter une communauté de sœurs d’Ingenbohl où se trouvaient des sœurs togolaises, les sœurs de la Providence de Saint-Paul. Grande fut la surprise des sœurs, Marie-Louise et Scholastique de la Joie. Car, dirent-elles, «nous ne nous attendions pas à voir notre évêque en ces lieux. Quand on est venu nous dire que des Togolais voulaient nous saluer, nous sommes dit que ça ne pouvait pas être nous. Personne ne nous connaît ici à Fribourg». Ce furent de beaux moments qui, je crois, ont apporté aux uns et autres beaucoup de joie.

C’est alors que nous avons pris le chemin du retour à Sion.

En revenant, nous sommes allés au cimetière de Sion où reposent les frères Pierre Catin et Auguste Augustin, les premiers qui ont foulé la terre togolaise. En pensant à la bonne réputation qu’ont laissée au Togo ces frères, surtout le frère Catin, je fus saisi de respect profond et de sentiment de reconnaissance au Seigneur pour eux et ce qu’il leur a permis de réaliser. Leur arrivée à Lama-Kara fut l’œuvre de la Providence divine. Dieu en soit béni!

 

Dimanche 14 août

Messe à la cathédrale de Sion puis, repas en communauté. Le soir à 18h30 l’évêque de Sion m’a fait l’honneur de me recevoir. Ainsi, nous avons pu faire connaissance.

 

Lundi 15 août

Solennité de l’Assomption de Marie. Après la messe, avec les frères Leo Müller, Ignace Pagnan et Matthieu Hilim (un frère de Kara en stage à la HES SO Valais – Haute école spécialisée de Suisse occidentale, Valais), nous sommes allés dans le canton des Grisons, à Quarten. Nous y avons passé la nuit après avoir rencontré Mgr Paul Vollmar et soupé avec lui. Ce fut pour moi un moment de joie immense, car je revoyais Monseigneur qui, lors de la visite de la conférence des évêques suisses au Togo en septembre 2009, avait séjourné à Kara, ville qu’il connaissait pour avoir été supérieur provincial de Suisse avant de devenir évêque. Le revoir fit revivre en ma mémoire les échanges que nous avions eus et les conseils que j’aavais reçus de lui, moi qui, en 2009 faisais mes premiers pas, balbutiants et tremblants, (et ils le sont encore) sur ce chemin. Ce furent donc des moments de convivialité, de fraternité.

A Quarten, nous avons passé la nuit dans une maison tenue par des sœurs (elles sont en mission au Burundi). La maison située au bord du lac permettait d’avoir une vue magique de la chaîne de montagnes en face. L’emplacement de ma chambre me permit de communier à la louange des créatures de Dieu: «Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur. A lui haute gloire éternelle» (Dn 3).

 

Mardi 16 août

Ce jour, nous sommes partis pour Zurich en passant par Einsiedeln, où se trouve un monastère bénédictin. Là, nous avons concélébré la messe avec les moines à 11h30. L’accueil fut fraternel et chaleureux. A la fin de la messe, quelle ne fut ma surprise d’apprendre que des moines connaissaient le monastère de l’Incarnation d’Agbang qui venait d’être élevé au rang d’abbaye avec l’élection de son premier Père Abbé! J’eus l’expérience concrète que dans l’Eglise l’on est partout chez soi. La dernière étape fut Zurich où nous avons pris le train pour Sion.

 

Mercredi 17 août

A 4h du matin, les frères Jean-Paul et Ignace m’accompagnèrent à la gare pour prendre le train Sion-Genève aéroport, en vue de mon retour au Togo.

Mon voyage et mon séjour initiés et organisés conjointement par les frères de la Région Togo et de la Communauté territoriale de Suisse prenaient ainsi fin. Ce fut pour moi une expérience de fraternité, de convivialité que seule la foi permet de vivre. Et puisque c’est au nom de Dieu et du service de son Eglise que tout cela a été possible. Que toute gloire lui soit rendue! Qu’il bénisse les frères marianistes dont la générosité m’a permis ce voyage, qu’il resserre nos liens d’amitié en Lui!

Merci aux frères marianistes pour ce témoignage de communion et de fraternité dans l’Eglise. Dieu vous bénisse et vous garde!

Par le Cœur Immaculé de Marie, en toutes choses, en tout lieu et en tout temps, que le nom de Dieu soit béni et que sa volonté triomphe! «Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus-Christ, en offrant par Lui votre action de grâce à Dieu le Père»  (Col 3, 17).

+ Jacques Danka LONGA
Evêque de Kara