Nos Fondateurs faisaient facilement référence à la lettre aux Philippiens (4,5): que votre modestie soit reconnue de tous les hommes, texte traduit par la TOB par que votre bonté plus proche du terme grec, très polyvalent, selon les contextes: modération, mesure, bonté, courtoisie, générosité, clémence, indulgence, mansuétude, équité, douceur. Nos vieux dictionnaires définissaient ainsi la modestie: vertu qui nous éloigne de penser et de parler orgueilleusement de nous; les plus récents disent: absence de vanité, d’orgueil. Quant à nos Fondateurs, ils écrivaient: habitude de voiler ou de laisser inconnus ces avantages apparents de l’esprit et du corps qui ne sont que des ombres.

Dès l’abord, nous voyons que cette vertu est liée à la précédente, l’humilité dont elle est le signe. Nos Fondateurs avaient déjà parlé de modestie dans les vertus de préparation (silence des signes). Il s’agissait essentiellement de notre comportement extérieur appelé à manifester Jésus Christ, excluant donc des attitudes non évangéliques. Ici, nous faisons un pas de plus vers la conformité au Christ: il s’agit d’une attitude intérieure, d’un sentiment habituel qui nous permet de vivre l’humilité, source de la modestie.

Nous sommes très sensibles aux louanges, aux remerciements, aux honneurs, à la mise en valeur de nos qualités d’esprit, de cœur et de corps; très sensibles aussi aux allusions désobligeantes, aux manques de reconnaissance, aux remarques que l’on prend pour soi alors qu’elles ne nous étaient pas destinées, etc. L’amour-propre est fort susceptible.

Plus l’humilité sera vraie, plus la modestie va s’émouvoir et nous permettre de réagir. Tout ce qui nous sera dit de bon et de beau sur notre compte sera immédiatement transformé en action de grâce. Dès que notre susceptibilité s’éveillera, elle sera aussitôt apaisée. Lorsque nous aurons été oubliés ou qu’on n’aura pas souligné nos mérites, on s’en réjouira.

Cette mesure, cette modération ne s’acquiert pas à coup de volonté ou de dénigrement de soi: elle est fruit de l’Esprit Saint (Lettre aux Galates 5,23). Le motif de la pratiquer nous est donné par saint Paul: puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez-vous donc… (Lettre aux Colossiens 3,12) qui se réfère au Christ lui-même qui était plein de douceur et de bonté (modestie), car la justice va de pair avec la clémence et la miséricorde. (cf. Seconde lettre aux Corinthiers 10,1).

La modestie est aussi la mesure dont nous nous servons pour estimer les autres plus que nous-mêmes, pour condamner des comportements ou les tolérer. Entrent alors en jeu tous les synonymes de modestie: courtoisie, générosité, clémence, indulgence, équité, douceur. Ainsi saint Paul exhorte-t-il Timothée: un serviteur du Seigneur ne doit pas se quereller… c’est avec douceur (modestie) qu’il doit instruire les contradicteurs… (2 Timothée 2,24.25). Voilà une vertu qui ferait bien de prendre place dans nos débats, civils ou ecclésiaux! Saint Pierre écrit dans le même sens: Soyez toujours prêts à justifier votre espérance… mais que ce soit avec douceur (modestie) et respect… (1 Pierre 3,16).

Un très beau texte de nos Fondateurs: Je suis la servante du Seigneur, que ses desseins sur moi s’accomplissent: voilà le mode où vous devez rester pour imiter votre divine protectrice. C’est là et ce sera toujours là la grande leçon de modestie: vous concourrez aux œuvres de Dieu comme sa Servante; ce sont ses desseins et non les nôtres qui s’accompliront; s’ils éclatent en vous ou que vous en soyez l’instrument, n’êtes-vous pas la paille que le concours des merveilles opérées de Dieu doit charger de plus de richesses et de plus de couronnes qu’elle n’en saurait porter.

Selon Origène, si Marie, supérieure en grâce à Élisabeth, prit l’initiative d’une visite et, lors de leur rencontre, salua la première sa cousine, la raison en est que la Vierge Marie était pleine de délicatesse (modestie) envers tous les êtres (Citation tirée des Notes de lexicographie du P. C. Spicq).