Dernièrement, un frère partage sa réflexion à propos de la visibilité de la vie marianiste auprès des personnes qui nous côtoient. “Nous étions des ‘professionnels de l’enseignement’. Des gens capables dans leur métier. Nous étions connus comme enseignant, comme Frère de Marie mais non pas comme religieux marianiste.“

Me vient alors à l’esprit le témoignage d’un jeune à la recherche d’une vocation religieuse. Le directeur spirituel lui pose la question: “Connais-tu une congrégation religieuse dans laquelle tu pourrais prolonger leur charisme?“ Ce jeune bien des années après son ordination sacerdotale m’avoue sa honte: “Imagine-toi j’ai passé mon adolescence dans un de vos collèges, j’ai poursuivi ma formation professionnelle chez vous et je ne me suis pas rendu compte que vous étiez des religieux!“

S’ensuit un dialogue à quatre sur ce que nous avons vécu comme jeune religieux, le peu de dialogue, de rencontres dans certaines communautés, ce repli sur soi, sur notre vie de religieux, le peu de gens qui participent à nos liturgies.

 

Quelques jours après ce dialogue, je suggère: “Nous pourrions poursuivre cette réflexion ultérieurement“. “C’est trop tard“, surgit spontanément la réponse de mon interlocuteur.

C’est trop tard. Pour Dieu, ce n’est jamais trop tard. A chaque instant de notre vie, comme pour le fils prodigue, notre Créateur nous attend et nous manifeste son amour, il sollicite une réponse amoureuse de notre part, comme pour le jeune homme riche et le bon larron en croix. La tradition marianiste ne s’enracine-t-elle pas dans l’idéal entrevu par nos pionniers, phrase qui sert de leitmotiv pour le chapitre général 2018: “Il faut un homme qui ne meure point.“?

C’est trop tard, expression que nous devrions bannir de notre langage. Notre Dieu est un dieu de l’espérance. Il laisse sa porte toujours ouverte, quels que soient nos dispositions, notre âge, notre passé.

 

Laissons-nous guider par l’espoir de Marie, à qui “nous avons offert nos faibles services“. Elle n’a jamais douté de la puissance divine, la puissance de son Fils, même au soir du Calvaire. Les disciples d’Emmaüs attristés, déçus, ont longuement cheminé, des heures durant, avec le Ressuscité. Ils ne se sont pas rendus compte qu’Il était au milieu d’eux. Sur notre chemin quotidien de multiples jalons de la présence du “Vivant“ encouragent notre marche et nous permettent de nous rendre visibles aux yeux du monde. Ce n’est jamais trop tard pour être témoin de l’invisible.

jpf